Le nez

La princesse de Courtevue avait un gros problème. Et quand je dis un gros problème, je pense surtout à un problème immense, incommensurable, incroyable, inclassable : son nez. Lors de ses vertes années, la jeune fille avait un joli petit nez mutin. Et puis, comme ça, sans qu’on y prenne garde et surtout sans raison, mais alors sans raison aucune, son nez s’est mis à grandir. Il est d’abord devenu long, trèèèès long, puis il s’est élargi.

Les couleurs et la ville

Le ciel invariablement gris offrait aux regards désabusés le spectacle désolant d’une ville sans couleur. Gris, noir, cendre anthracite, marron et parfois bleu marine ou vert bouteille. Tout est sombre, tout est triste. Une torpeur maladive semblait régner en maître sur des petites existences mesquines et étriquées. Était-ce le temps qui les minait ou bien elles-mêmes qui minaient le temp. ? Où diable étaient passés les arbres, les fleurs, les oiseaux, les rires et les chants ? Quelle que soit la saison, aucun bruit, aucune musique ne perçait le tintamarre assourdissant des véhicules ternes et poisseux de pollution incrustée.

Heureux qui comme Ulysse a fait un long voyage.

Heureux qui comme Ulysse a fait un long voyage... Oui ben là, il a bien fallu rentrer, tuer les prétendants, reprendre son poste de roi. Et reprendre le train-train quotidien. Au début, c’est sûr, c’est reposant ce calme mais à la longue ça fait un peu « maison de retraite ». Et puis, il y a aussi autre chose. Ulysse a navigué sous le soleil, d’où sont teint hâlé, il a dû affronter les éléments, combattre l’adversité, la colère des dieux. C’est donc un homme superbe, bronzé, musclé, au charisme rayonnant, qui est rentré de ce périple. Pénélope, elle, n’a pas vu le soleil pendant toutes ces années. Elle brodait le jour, débrodait la nuit. Un teint blafard, des larges cernes, des bras chauve-souris, la fesse flasque, le ventre rebondi, la femme vieillie, alors que lui…

Le râleur

Comme tous les matins, je traversais le cimetière pour aller à l’école. C’était un super raccourci pour m’y rendre. J’aimais ses allées fleuries, quelquefois ensoleillées, quelquefois luisantes de pluie. Comme tous les matins, j’y croisais Monsieur et Madame Cousin qui profitaient du calme de la matinée pour se promener loin de l’agitation et des turpitudes de la ville.

Moije

C’était à n’en point douter la sorcière la sorcière la plus stupide, la plus imbue de sa personne de tout le sabbat. Petite, grassouillette, elle laissait ses cheveux roux filasses à l’abandon sur son crâne en pain de sucre. Non, elle n’était pas laide, belle ? faut pas pousser. Non, elle était juste insignifiante mais avec intensité. Sa longue robe noire toujours plus près de son corps à mesure que ses bourrelets s’intensifiaient, lui donnait l’air d’un chaudron resté trop longtemps sur le feu.

Après la Bataille

Après la Bataille Il était étendu sous un arbre centenaire. La bataille avait été rude. Les coups assénés avec férocité et désespoir par des guerriers aguerris l’avaient meurtri et épuisé. Après la bataille, il s’était effondré sous cet arbre à moitié brûlé, il s’était endormi au milieu des cadavres dans un paysage de désolation. On entendait ici et là, des gémissements, des appels à l’aide, des cris de douleur, certains appelaient leur mère.