Danger !!

Deux pattes velues, fines et noires sortaient du terrier. En y regardant mieux, on voyait deux bulbes jaunes striés de noir qui bougeaient de droite à gauche.

Noire, elle était noire, tellement noire qu’elle en était bleutée.

C’était assurément la plus belle araignée de la forêt.

Depuis quelques temps, elle s’inquiétait car la déforestation imbécile des humains se rapprochait dangereusement.

Elle guettait, elle épiait. Parfois, elle se disait qu’elle finirait ses jours dans un terrier humain, ce qu’elle redoutait le plus au monde. C’est qu’elle avait gardé l’amer souvenir d’une rencontre avec une de ces bipèdes. Une femelle à n’en point douter. Dès que leur regard s’étaient croisés, l’humaine avait hurlé de terreur. Jurant qu’elle n’avait jamais rien vu de si hideux !… Sans blague ?

Son corps blafard, ses poils mal répartis, sa peau amovible, ses quatre pattes informes terminées par d’improbables tentacules. La graisse répartie à la sauvette, son arrière-train lui-même semblait éprouver des difficultés à la suivre. Et, elle hurle au monstre lorsqu’elle me voit ?!!

Question de point de vue. Je me souviens m’être cachée pour ne pas subir un sort funeste.

Peinarde dans ma forêt, sous mon arbre, dans ma toile, c’est encore moi qui dois me planquer face à ce monstre imberbe à l’odeur chimique des plus discutables. Mes pattes velues l’impressionnent, l’effraient.. bref.

Moi, quand je croise un animal de cette espèce : l’humain, je me hâte de me mettre à l’abri. Avec lui, tout est danger, tout est en danger.

L’humain ne recule devant aucun sacrifice – celui des autres généralement – il tue, brûle, arrache. Tu ne sais pas pourquoi, mais un jour, ils se mettent en branle, dévastant tout sur leur passage. Après ils construisent d’infâmes terriers, des centres commerciaux immondes, des plans d’eau carrés qui puent. Et le pire, c’est qu’ils retirent leur peau se jettent dedans, nagent puis la remettent et repartent vers leur terrier. Une chose bizarre que d’assécher un cours d’eau pour construire une piscine…

C’est une espèce qui se reproduit et se propage rapidement. Mère Nature a beau essayer de les éradiquer et même s’ils s’entre-tuent régulièrement, cette espèce est solide.

Parfois, je me dis qu’elle va s’anéantir toute seule. Puis je me souviens des grandes guerres, des champs de bataille où ils tombaient par centaines, par milliers mais qu’en fin de compte, il mourait moins d’humains que d’insectes, d’oiseaux, de petits ou grands mammifères.

 Drôle d’espèce… Ils se battent, se tuent individuellement ou en meute et toujours, ils sont là. Parfois, je les regarde. Ils sont aussi paisibles, calmes, aimant. On ne sait ce qui les pousse à se mettre en marche dans une folie meurtrière, pas plus qu’on ne comprend pourquoi ils s’arrêtent.

Cependant la méfiance est de mise. Ces bestiaux sont dangereux, incontrôlables, cupides et surtout d’une stupidité remarquable. Rares sont ceux qui profitent du soleil ou de la beauté des choses. S’ils voient une fleur magnifique, ils la coupent derechef, s’ils apprécient le pelage ou la chair d’un animal, horreur ! l’espèce toute entière s’en trouve menacée.

Des bestiaux dangereux que les humains, oui !

Notre araignée philosophait ainsi en écoutant les bruits de haches et de tronçonneuses. Elle entendait les arbres gémir et la forêt pleurer, lorsqu’une pince l’a saisie. On l’a ensuite jetée dans un bocal en verre, elle a entendu un « venez voir, je viens de capturer un spécimen d’Arachné. On va le mettre dans le vivarium, ça va être super !

Euh.. super ? Non mais, ils vont me confiner dans un aquarium ridicule au prétexte que je ne bouge pas beaucoup. Ils vont me nourrir de mouches industrielles que j’exècre. Ensuite, ils vont me trimbaler de temps à autre dans une boîte en plexiglass avec très peu de trous pour m’exhiber devant le quidam apeuré. Une vie de prisonnier en isolement. Finies les odeurs de sous-bois, finis les chants d’oiseaux, fini l’espoir d’une libellule ou d’un papillon, finies les mouches grasses du compost naturel. Finies les saisons…

J’ai peur aussi de l’après. L’après engouement, l’après intérêt, quand la lassitude prendra le dessus, quand l’araignée que je suis leur inspirera dégoût, ou peur bon marché. Après, je ne suis pas à l’abri de recevoir du gaz insecticide que l’on trouve partout même chez les défenseurs de la nature. Oui, me capturer sur un caprice pour m’enfermer et me tuer. Quelle race ces humains, quels bestiaux égoïstes et nombrilistes.

Pour l’instant, je vais essayer de me sortir de ce faux pas. Peu d’espace, peu d’air. Je vais me recroqueviller, me faire toute petite, avec un peu de chance, ils seront négligents et laisseront un peu de jeu entre le couvercle et le verre.

Mieux que de la chance, le pied butte, l’humain chute, le verre casse, l’air frais me dit de courir vite et loin. J’ai l’avantage du nombre de pattes. Je cours, je plonge dans le sous-bois, je m’enfonce dans la terre humide. Je me cache, attentive au martèlement du sol. La forêt est devenue silencieuse et les bruits nocturnes ont succédé aux bruits diurnes.

Lasse, heureuse et avec un flegme affiché, je regagne mes pénates.

Dieu que cette espèce est dangereuse ! – Louise Desmons 2020 –

Elle

Désormais elle savait, elle en était sûre, « ils » l’avaient suivie. Quelques semaines après son emménagement dans son nouvel appartement au 6ème étage de cet immeuble récent, elle les avait vus à la fenêtre, leur vilain nez écrasé contre la vitre.

Puis, le bruit des meubles qu’on pousse, qu’on déplace la nuit, ces bruits s’arrêtent à 3 heures du matin pour reprendre à 23 heures le jour suivant. La musique à fond et les basses qui tambourinent contre la cloison… l’enfer au quotidien.

Alors elle a baissé les persiennes, se contraignant ainsi à vivre dans l’obscurité, une faible lueur éclairant sa pauvre vie. Mais les bruits se sont amplifiés, allant jusqu’à frapper contre sa porte ou s’accrocher à sa sonnette.

Mais c’est décidé, elle allait contre-attaquer. D’abord dépôt de plainte auprès du syndic’. Elle allait les calmer tous ou les faire virer, les obliger à quitter les lieux.  Elle sait que si elle s’installe ailleurs, très vite, ils la retrouveront. Cette fois-ci, non, elle ne fuira pas. D’abord, le nuisible du dessus. Elle s’arme de courage et va sonner chez lui. Un gars lui ouvre, souriant, condescendant. Il lui explique que non, il ne pousse pas ses meubles pendant la nuit. D’ailleurs, il rentre de vacances et que son logement est vide depuis deux semaines. Il lui explique que c’est « tout béton ici », et que bien sûr, on ne peut pas identifier avec certitude la source du bruit…

Mais c’est lui, elle en est sûre. Lui, c’est l’un des démons qui lui bousillent la vie. Lui, elle le sait, Lui, elle le hait !

Du reste, elle abreuve le syndic de mails de réclamations. Mais il n’est pas seul ! Elle a identifié la blondasse du 2ème, oui la musique c’est elle. Elle qui ose prétendre que travaillant toute la journée et rentrant tard de surcroît, elle « n’a guère le loisir d’en écouter ». La menteuse !

Oh mais les mails de protestations auprès du Syndic’ l’obligeront à partir, tout comme son complice du 7ème, le taré du 4ème et le sadique du 3ème et la famille du 2ème et ….

Le Monsieur du Syndic est venu, lui a expliqué que des mails avaient été envoyés aux locataires incriminés, que tous ont été surpris et ont attesté de leur innocence. Qu’elle devait comprendre que peut-être les occupants de l’immeuble n’y étaient pour rien. Et que peut-être, elle pourrait se faire aider par un spécialiste, un médecin. Que peut-être elle était surmenée.

Alors folle d’une rage impuissante, elle l’a viré de chez elle. Le salopard, l’idiot ! qui ne me croit pas. L’ordure qui les laisse me maltraiter. Mais elle va réagir !!!

Depuis quelques temps, lorsqu’elle croise les autres locataires, ils la toisent une ironie certaine dans le regard. Certains même, la regardent avec une pitié non feinte.

Oui, ils la prennent pour une folle, une cinglée, une faiseuse d’histoire !

Mais, elle a rêvé ces visages à sa fenêtre ? Les bruits, les rires, et la musique tonitruante, elle a rêvé peut-être ? Non elle n’a rien rêvé, rien inventé. Rien !

Un soir de lassitude et remplie d’amertume, elle s’est couchée espérant la consolation d’un repos réparateur et surtout, une nuit d’oubli. Elle s’était posé des boules Quiès pour ne pas entendre, elle a pris un calmant pour glisser dans le sommeil.

Allongée sur son lit, dans un demi sommeil, elle a entendu la porte du placard grincer, puis deux yeux jaunes et des crocs menaçants sont sortis lentement, un monstre velu, le croquemitaine de son enfance s’est approché d’elle. « Il est temps ! »

Son silence a fini par inquiéter les autres locataires qui ont prévenu le Syndic qui a dépêché la maréchaussée. Vide, l’appartement était vide, personne ne l’a vue sortir, ni partir. Rien, pas de sang, pas de traces, rien. Un peu comme si elle s’était évaporée…

Peu à peu même son souvenir s’est effacé. L’appartement a été rapidement reloué.

Le petit Paul du 2ème a peur des « drôles de z’yeux » du monsieur du 6ème.

Depuis quelques temps, Paul entend des bruits de meubles qu’on pousse au milieu de la nuit, l’enfance sûrement…

Vide ou plein ?

Seule devant le frigo, elle hésite. Ai-je besoin d’acheter quelque chose ? Chapeau sur la tête, manteau prêt à être boutonné, écharpe posée sur la nuque, main posée sur la porte du frigo, elle hésite.

Elle ouvre et regarde.

Bon, beurre…est-ce que j’ai du beurre ? …ah oui ! euh, périmé depuis quatre mois, de la confiture ? houlà, une mousse blanchâtre a délicatement poussé sur le peu qu’il reste dans le pot. Y’a quoi d’autres ? du jambon périmé depuis…ah quand même ! ça doit être pour ça qu’il est vert. A vu de nez, le fromage est prêt à sauter du frigo dans la poubelle. Dans le bac à légumes, la salade s’est transformée en un monstre gluant verdâtre et liquide.

Elle contemple le désastre. C’est pas un frigo, c’est une arme de destruction massive, parée pour la guerre bactériologique. Pour contaminer l’ensemble de l’humanité, il suffit d’ouvrir en concomitance la porte du frigo et la fenêtre de la cuisine. Sûres de leur puissance, les bactéries anéantiraient l’Humanité.

Ouais, après ces constatations amères, elle s’arme du seul outil anti-pandémie possible à ce stade : un grand sac poubelle !

Elle espère toujours trouver quelque chose de comestible mais elle jette, jette, et jette encore. Il ne reste désormais dans le frigo qu’un yaourt nature périmé depuis une semaine seulement.

Lasse, elle referme le frigo, le sac poubelle et son manteau, elle ajuste écharpe et chapeau. D’un geste décidé, elle attrape son sac. Puis elle sort. Elle jette la poubelle dans le container prévu à cet effet.

Bon sang, ça te coûte un pont ce que tu viens de foutre en l’air ! Gosse de riche, va ! Parasite de la planète, oh et que je ne t’entende pas râler à propos de tes impôts, vu ce que tu te coûtes en frais de poubelle !

Elle se morigène intérieurement, elle peste contre ses éternels « j’ai pas le temps ». Elle pense à ses  » muscles frigo » comme elle les appelle, qui se sont largement développés sous l’altère couscous et plats à emporter. Elle s’injurie intérieurement, passe devant la supérette, hésite…et d’un pas décidé entre dans la pizzeria d’à côté.

Elle s’assied, commande, puis pleine d’auto-indulgence se dit qu’elle fera un plein de courses lorsque son frigo sera lavé et désinfecté.

En attendant, elle lève son verre : Santé !

Transparence

Personne ne la regarde depuis longtemps. Personne. Ni son père qui n’a comme horizon que son ordinateur, ni sa mère qui semble investie d’une mission hygiéniste dévastatrice.

Son père s’enferme chaque jour davantage dans une bulle de labeur, sa mère s’enferme dans une frénésie de travail domestique entrecoupée de discours féministes.

Mais elle, personne ne la regarde plus depuis… elle ne saurait le dire.

Chaque matin, elle part pour l’école et là non plus, personne ne la regarde. Elle a beau s’interposer entre deux protagonistes, émettre une opinion dans les discours enflammés de la cour de récréation, rien, personne ne relève, ni ne lui intime l’ordre de se taire.

Non, jusqu’à l’institutrice qui ne la gronde pas lorsqu’elle est en retard.

Parfois, elle se demande si elle existe vraiment du moins, aux yeux des autres. Certes, diaphane et légère, elle est comme une plume ballottée par le vent. C’est vrai aussi, qu’elle est de ces gens qu’on voit et dont on ne se souvient pas toujours.

Mais depuis quelques temps, un profond sentiment de solitude teintée de mélancolie voire de tristesse l’envahit.

Un matin froid et lumineux, un matin de printemps où le soleil peine à réchauffer la terre, une fleur a poussé sur le trottoir. Là, juste devant elle. Comme elle se penche, elle s’aperçoit que des fleurs rouges ont envahi le trottoir. Puis des clématites et de la vigne folle recouvrent avec un bel ensemble les murs gris de la ville. Surprise elle lève la tête et rencontre le regard doux et aimant de sa grand-mère qui lui sourit. D’un coup, elle sent une onde d’amour et de bienveillance la submerger.

« Oh ! quel bonheur de te voir. Quel bonheur pour tout le monde !  Papa et Maman seront si heureux de s’être trompés. Tu n’es pas partie pour toujours là-haut dans le ciel, derrière les nuages. Non, tu es là ! Viens, on va…

Sa grand-mère lui a pris la main, la serrée contre son cœur.

« Tu sais ma chérie, les autres ne t’ignorent pas, c’est même pour cette raison que tu n’as pas compris. Ils te retiennent par leur amour et leurs pensées.

Ma Douceur, tu te souviens des néons froids, des infirmières et des docteurs ? T’en souviens-tu ?

Elle acquiesce lentement, peinant à comprendre…

Oui mon Cœur, tes parents ne se sont pas trompés. Je suis venue aujourd’hui t’emmener avec moi par-delà les nuages. Là, où l’on n’a ni froid, ni faim, et où personne ne meurt jamais.

Une douceur nouvelle l’a envahie à cet instant. Une torpeur cotonneuse s’est emparée de tout son être l’amenant tendrement à comprendre et à accepter. Elle s’est envolée doucement vers sa nouvelle destinée.

L’enfant de janvier

« Vite, vite, vite, je suis en retard !, rho… je cours mais je n’avance pas ! Où est mon balai ? »

Pâquerette, la petite sorcière courait partout dans la maisonnette où elle réside depuis…oh…549 ans si sa mémoire est bonne. Noireau, son chat, confortablement installé devant l’âtre la regarde s’agiter. Quelle folle-dingue cette sorcière ! Elle passe son temps à courir en criant « je suis en retard, où est mon balai ? »

Au même moment, on entend crier « Mais où est mon balai ? » du fond d’une malle où elle s’est engouffrée par mégarde.

« – A côté de l’aspirateur lui crie Noireau, « Modernité et Traditions » tu te souviens ? »

« – Ah oui, merci ! »

Pâquerette attrape son balai, se recoiffe devant le miroir magique, met son chapeau à pompons, (ben oui c’est l’hiver), ouvre la porte. Un vent glacial entre dans la cuisine !

« -Oh, il faut que je me dépêche, c’est la première pleine lune de l’année. Dans une heure les villageois auront déposé le nouveau-né dans la souche-berceau. Je dois y être avant les bêtes sauvages ! »

Sur la route, Pâquerette maugrée « Ces diables de villageois, pourquoi abandonnent-ils un bébé tous les ans à la même période ? C’est incroyable ça ! A quoi jouent-ils ? Pourquoi toujours en janvier ? et à la première pleine lune ? Je n’ai jamais osé leur poser la question tant j’ai peur de me faire tuer. Mais quand même la question me taraude ! Et puis, ce n’est guère plaisant de voler par ces températures !

Arrivée près de la souche de l’arbre berceau –nom qu’elle lui a donné comme une évidence- Pâquerette pose son balai et attend cachée dans les broussailles. Elle voit arriver un prêtre, puis des notables, vient ensuite un jeune couple en larmes, la femme serrant un bébé contre son cœur, enfin les villageois graves et résignés.

Drôle de cortège… la petite sorcière écoute. Pour une fois qu’elle est en avance, elle va peut-être percer le mystère du bébé de la pleine lune.

Le prêtre prend la parole. Il commence son discours avec emphase et grandiloquence.

« – Mes frères, mes sœurs, nous sommes ici pour offrir cette jeune vie à la terrible sorcière qui hante la forêt. Cette offrande sera comme chaque année, le gage de notre tranquillité. Une fois, le terrible appétit de cette diablesse assouvi, nous pourrons vivre sans craindre les calamités. »

Pâquerette reste abasourdie… « Mais …quoi ?… Non mais…quoi ? Mais…ça ne va pas non ? Enfin…mais… » Elle s’apprête à bondir pour corriger l’erreur. Jamais, elle n’a exigé quoi que ce soit de qui que ce soit. Quand elle a besoin de quelque chose, ben..elle le fait apparaître. M’enfin, ils sont fous à lier !!

Elle réfléchit tout en regardant le cortège s’éloigner. Tout d’abord, rendre le bébé à ses parents, ce n’est pas un abandon c’est une extorsion ! Puis leur faire comprendre à ces nigauds qu’on n’a pas besoin d’acheter ma mansuétude, je me fous royalement de qui fait quoi dans la forêt. Il faut que donc que cette tradition idiote cesse immédiatement. Mais comment expliquer ça à des paysans terrorisés qui sortent leur fourche dès qu’ils voient un chapeau pointu ?

Diantre, diantre ! Comment s’y prendre ? Bon d’abord, le bébé, puis je vais rentrer chez moi demander conseil.

Fichtre ! Que de complications inutiles. Pâquerette se glisse dans le village où elle n’a aucun mal à trouver la maison des jeunes parents, tant les pleurs et les cris de désespoir envahissent la rue. Notre petite sorcière, se glisse dans la chaumière, le bébé dans les bras.

« – Arrête tes pleurs, je te rends ton enfant, lui dit Pâquerette. Et sache que c’est une tradition stupide qui embarrasse tout le monde. D’abord, le mois de janvier est diablement froid et à mon âge, et bien que je sois encore très jeune, je n’aime pas courir les courants d’air. »

Les parents la regardent stupéfaits. Bientôt, la mère son bébé contre son cœur, prend la parole : «- Mais ça fait de très nombreuses années que ce rituel existe.         

  Ne m’en parle pas ! ça fait des années que je me gèle à chaque première pleine lune pour que le bébé abandonné ne se fasse pas dévorer par les bêtes sauvages. »

Et que sont-ils devenus ? s’inquiète la mère. »        

Il existe un village de l’autre côté de la forêt, les villageois y sont accueillants, ils aiment les enfants. Je les ai tous faits adopter. Eux-aussi se demandent pourquoi vous abandonnez vos enfants de janvier. Bon allez, je me rentre et cachez le bébé. Pas sûre que le prêtre et les notables ne vous le confisquent pas ! Je reviens dès que j’ai la solution pour arrêter cette funeste mascarade.

Et pfft… Pâquerette s’envole.

Arrivée chez elle, elle convoque son haut conseil. « Noireau ! j’ai un problème !!

« –  Il se passe quoi, ma folle-dingue préférée ? »

Et Pâquerette notre petite sorcière de lui narrer sa mésaventure.

« – Hum ! hum… Ils sont fous ces humains !

– Comme tu dis…

– J’ai remarqué que ce village est gris et terne, peut-être qu’on a affaire à un mage ou un lutin travesti, assez malveillant qui en aurait pris la tête ? suggère Noireau.  

-« Oh crois-tu ? Attends, miroir qu’en penses-tu ? demande Pâquerette

– J’en pense que c’est Roublard qui se fait passer pour le prêtre. J’en dis que ça l’amuse de voir pleurer les gens, et surtout de savoir que toi, tu te prends le vent glacial de janvier sous tes jupes. – Bon, bien, alors action ! décrète Pâquerette ».

Elle élabore un plan avec ses amis pour confondre l’imposteur.

Balai sous le bras et chapeau sur la tête, la sorcière attend avec les parents et le bébé que prêtre et notables arrivent.

« – Oh ! une horrible sorcière mangeuse d’enfants ! crie le prêtre.

 » – Arrête ton cirque Roublard, tu es démasqué ! Pâquerette lui envoie de la poudre magique au visage et le nez, les yeux, le menton de Roublard apparaissent, alors que son corps rétrécit, jusqu’à devenir de la taille d’un garçonnet de dix ans.

–  Roublard, tu es insupportable ! Ces pauvres gens pleurent leur enfant et toi ça t’amuse ! le sermonne Pâquerette.

–  Oui, ben toi t’es pas marrante ! ça fait des siècles qu’on s’ennuie avec toi ! »

La voix de notre petite sorcière s’élève alors : «  – Villageois, villageoises, il n’y a pas de méchante sorcière. La forêt est belle et accueillante. L’eau est pure et limpide, le gibier est abondant. N’écoutez plus les nains moqueurs et trompeurs. Vos enfants sont sains et saufs de l’autre côté de la forêt. Un joli village plein de fleurs, d’arbres, de musique et de couleurs. Prenez-en de la graine. Le malheur prend suffisamment de place sans qu’on ne lui en fasse !

C’est ainsi que des deux côtés de la forêt, on trouve de jolis villages pleins de rires et de chansons. Et Roublard ? Et bien, il est condamné pour 300 ans à cultiver l’immense jardin de Pâquerette… Et oui ! c’est elle la sorcière !!…  

Margaux aime les ragots

Margaux, ce n’est pas une méchante fille, non, ce n’est pas une méchante fille. Mais, voilà Margaux aime les ragots…et patati et patata et blablabla…et blablabla. Et quand il n’y en a pas et bien .. elle les invente !

Ce jour là, elle est sur la plage avec des commères, et blablabla et blablabla… Le pauvre Jean revient de la pêche, il passe, les salue de loin avec un bon sourire. Jean c’est un poissard, un loser, c’est comme ça depuis qu’il est né. Il n’a pas de chance, d’abord, il est mal fait, il est orphelin, il est pauvre. Mais il est gentil, souriant, faisant contre mauvaise fortune bon cœur. Les gens l’aiment bien. Et Margaux le regarde passer. Pauvre de lui ! En ricanant, elle dit à ses comparses : « Oui, il est pauvre, oui sa pêche est maigre, ben vu son bateau, c’est sûr… Normal qu’il ait du mal à vendre son poisson. Maigre est sa pêche et son poisson n’est pas très frais, on le sent à des lieues à la ronde. Je me suis laissée dire qu’il ramasserait les poissons jetés par les autres pêcheurs. Et puis, de toutes façons il a le sort qu’il mérite. Parce que franchement, Jean, hein Jean… et patati et patata…et blablabla et blablabla.

C’est un fait, « souvent langue médisante rencontre oreille complaisante », aussi la rumeur grandit, grossit, remplit tout le village, les gens partant du principe qu’il n’y a pas de fumée sans feu… Maintenant, on le regarde un peu de travers, on l’évite, on lui parle moins volontiers.

Un soir d’orage, Jean finit par se prendre la rumeur en plein visage. Il ne comprend pas, ça sort d’où ça ? C’est de la calomnie ! Pourtant avant tout le monde l’aimait bien. Comment peut-on croire et colporter de tels ragots ? Il pleure dans son cœur. L’orage gronde et dans sa tête et sur la mer. Pris de colère, il sort son bateau avec sa mauvaise voile. Il va leur montrer à tous qu’il pêche du bon poisson, SON poisson. Et il prend la mer sur son vieux bateau, avec sa si mauvaise voile. Les villageois lui crient « N’y va pas ! La mer est mauvaise, c’est de la folie, c’est trop dangereux ! » Mais Jean a mal dans son cœur, dans son amour propre, dans ce qu’il est, dans son honnêteté. Puisqu’il le faut, il va leur montrer, leur prouver. Il est parti sur la mer déchaînée Jean…

Le lendemain, Jean n’est pas rentré. Mal à l’aise, Margaux est allée guetter sur la plage. Pas sotte, elle sait que c’est à cause d’elle, qu’elle a tout inventé, qu’elle lui a fait mal, comme ça pour le plaisir de jaser, d’être le centre d’intérêt d’un petit groupe de péronnelles. Et elle est retournée tous les jours sur la plage dans l’attente du retour de Jean. Mais Jean n’est pas rentré. Il ne rentrera plus.

Le remord la ronge, elle se précipite chez sa vieille nourrice, un peu sorcière qui l’a déjà sortie de bien des embarras. « – Qu’as-tu donc encore fait, Margaux ? » et Margaux de lui avouer son forfait. « Je ferais n’importe quoi pour revenir en arrière, je t’assure…Je suis si désolée, je ne me suis pas rendu compte. Que puis-je faire maintenant ?

« Oui, je comprends Margaux, aussi vais-je t’aider. Tu vois ce poulet au milieu de la table là ? Et bien, tu vas aller le plumer au bord de l’océan, et surtout veille à ce qu’il ne reste pas le moindre duvet. Margaux attrape le poulet, court sur la plage, et assise au bord de l’eau plume, plume, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus le moindre duvet. Elle rentre chez sa nourrice.

« -L’as-tu bien plumé Margaux ? – « Oh oui Nourrice, Je l’ai plumé jusqu’au moindre duvet ! » « – Bien…alors Margaux, tu vas aller le récupérer toutes les plumes et qu’il n’en reste aucune sur l’océan, aucune, ramène les moi toutes !

« – Mais Nourrice, ce n’est pas possible, le vent les aura emportées au large et dans les terres. Il les aura dispersées aux quatre vents. Partout, non c’est impossible, je ne peux pas les récupérer !

– Et bien, vois-tu Margaux, il en est des paroles comme des plumes au vent, une fois envolées,on ne peut plus les rattraper. »

Le vieux livre

Il trônait depuis si longtemps dans la bibliothèque qu’on pouvait passer devant lui sans le regarder, ni même l’apercevoir.

Epais, tout de cuir revêtu, il sentait bon le temps d’antan. Il sentait bon les jours passés, les étés au bord de l’eau, les automnes dans les sous-bois, les hivers devant l’âtre.

Ses pages avaient acquis au fil du temps une jolie patine. De beiges, elles étaient passées à ocres et arboraient depuis peu, une couleur brunâtre chaleureuse et sensuelle.

C’était un bon livre, un gros livre fort et majestueux.

Un jour pourtant, l’impensable s’est produit. C’est arrivé comme ça, on ne sait ni comment, ni pourquoi. Quelqu’un a ouvert le livre, des mots manquaient sur les pages. Oh, pas tous mais il en manquait de-ci, de-là.

Les lignes offraient aux regards surpris de grands espaces blancs. Les mots étaient partis, ils s’étaient dissous dans l’immensité de l’histoire oubliée.

D’un jour à l’autre, des lettres, des lignes puis de paragraphes, enfin des pages entières s’effaçaient.

Au début, il ne manquait que peu de mots aussi l’histoire étaient-elle encore solide. Cependant, au fil des mois, au fil du temps, les mots lui ont fait cruellement défaut.

Les maux des mots, les mots jadis si présents, les mots pensés, les mots dits, aujourd’hui les mots partis, oubliés…plus de phrases, plus d’histoire…

Et les lignes, les paragraphes, les pages mêmes, de blanchir.

Les mots sont tombés, les mots sont partis, les pages ont blanchi, l’encre s’est effacée.

Quand il ne fût plus qu’un livre de pages blanches, un livre sans histoire, une plume l’a chatouillé. Le taquinant, elle a écrit ses premiers mots, inscrit ses premières lettres. Les pages blanches prêtes pour une nouvelle histoire piaffaient d’impatience.

Et la plume a couru, elle a parcouru ces immensités blanches pour les recouvrir de lignes, de mots qui en s’unissant, se renvoyant à la ligne, ont formé une nouvelle histoire. Peut-être plus dense, peut-être moins fragile, plus jeune assurément, moins douce et plus hardie. Une histoire d’aujourd’hui, une histoire de printemps qui offre ses vingt ans en attendant la patine du temps.

Il te pleut.

Quel nigaud ! Non mais, quel nigaud !!

Elise regarde son frère, à la fois stupéfaite, amusée et paradoxalement elle éprouve comme une furieuse envie de le baffer !!

« Jean, pour l’amour du ciel, va dans le jardin ! Tu inondes la cuisine !! Qu’il pleuve, je trouve ça normal et nécessaire, quelquefois même agréable, mais maintenant, explique- moi pourquoi il pleut mais uniquement sur TOI ??

Un nuage au-dessus de la tête, Jean était penaud et réellement embarrassé, comme à chaque fois qu’une de ses initiatives tournait mal.

Du coup il se presse dans le jardin, ce qui permet de l’arroser par son simple passage.

« – Jean ! explique ! beuglait Elise à la fenêtre de la cuisine.

 » – Ben voilà, comme je m’ennuyais je suis allé ranger le grenier. Beaucoup de poussières et une chaleur d’étuve y régnaient. J’ai nettoyé, rangé, et même jeté les objets cassés.

Alors que j’attaquais la grosse malle, et bien… il faisait encore plus chaud !

Et d’un coup, comme ça j’ai pensé au jardin et j’ai dit « j’aimerais être sous la pluie ». Et là… plouf … ça fait beaucoup d’eau n’est-il pas ?

Attends, si je comprends bien, tu as fait un vœu au-dessus d’une malle dans le grenier d’une maison habitée par des générations de sorciers, de sorcières, de magiciens, magiciennes mages et autres professions irrationnelles ?

T’es-tu rendu compte mon apprenti sorcier préféré que le matin ce sont les objets qui viennent à toi et non toi que vas aux objets ? Et toi, tu fais des vœux comme ça sans réfléchir dans un lieu où la moindre des petites cuillères est magique ?  Nigaud ! Crétin ! Bête à foin !!

Jean, penaud et essoufflé ne pouvait que lui donner raison. Sa magie était encore naissante mais bien présente même s’il ne la maîtrisait pas vraiment. Il ne pouvait cependant annuler le vœu formulé au-dessus de la malle.

Pour une fois, sa bévue risquait de durer. Sa sœur avait beau se moquer de lui, il la sentait bien embarrassée. Comment faire pour rompre le charme ?

Nom d’une chouette empaillée ! On va sortir les grimoires ! Et Elise de se précipiter vers l’immense bibliothèque familiale.

« – Allons, voyons, voyons…Ah oui !! « Sorts, ressorts et catastrophes !!

– Ah mais ça c’est pour toi Jean !! »

Elle ouvre le grimoire sur la grosse table en bois massif, elle cherche… longtemps, elle épluche tous les textes, mais contrecarrer le sort de la malle s’avère difficile voire impossible en l’état de son savoir.  

Elle essaie plusieurs formules. Compliqué pour qui ne s’y connait pas vraiment.

« – allons, voyons racines de mandragore…

On entend un « ça ne va pas non ? »  et la mandragore se sauve à toutes jambes. »

Elise est inquiète, le jour avance le pauvre Jean est condamné au jardin qu’il risque de noyer par sa seule présence.

Il faut dire qu’Elise essaie de remettre les choses en place avant le retour de la maisonnée. Convaincue qu’elle est de parvenir à rompre le sort.

Soudain, la voix de sa mère s’élève dans son dos.

« – On peut savoir pourquoi il pleut sur ton frère et uniquement sur lui ? »

Elise n’a guère le choix de conter par le menu les différentes étapes de la journée.

« Je vois … » Sophie est une grande magicienne, et elle est aussi une mère aimante et indulgente, en regardant son fils trempé dans la moiteur du crépuscule, elle sourit attendrie.

Elle lève la main et enfin la pluie cesse. Il ne te pleut plus…

« Jean, mon fils, viens, on a des choses à se dire. »

Jean s’approche, la mine dépitée, s’attendant à une volée de bois vert, à une forte réprimande…qui ne vient pas.

Devant sa mine déconfite toute la famille éclate de rire. « Il te pleut mon cher Jean ! il te pleut !! »

N’oublie pas que souvent pour nous punir les fées nous exaucent. Allons, j’espère que tu tireras la leçon de cette douche froide…

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La vérité

Bonjour, dit le mensonge

Bonjour, dit la Vérité

-Quelle belle journée que celle d’aujourd’hui ! dit le mensonge

Alors la vérité est allée vérifier. Effectivement, c’était une belle journée, alors la vérité est revenue.

  • L’eau du lac est claire, limpide, tiède dit le mensonge

alors la vérité est allée vérifier. Effectivement l’eau du lac était claire, limpide et tiède. Alors la vérité est revenue.

  • Si on allait se baigner ? dit le mensonge

Alors la vérité a suivi le mensonge. Ils se sont déshabillés et ont plongé dans le lac. Ils ont passé une journée merveilleuse, ont nagé, ri, chanté, chahuté.

Mais le mensonge est fourbe, aussi est il sorti de l’eau le premier, il a revêtu les habit de la vérité et s’en est allé….

La vérité sortant de l’eau a son tour, ne put se résoudre à endosser les habits du mensonge, alors elle s’en est allée….comme ça, par les chemins, les routes, les villages. Mais les gens qu’elle rencontrait, la conspuaient, « Allons, gourgandine, comment oses-tu te promener ainsi, comment peux tu sans vergogne t’exposer sans rien au regard de tous

Va donc te cacher !!

Le rouge au front, la vérité s’en est allée se cacher là-bas dans la forêt

La société est ainsi bâtie, l’Homme est ainsi fait, qu’il préférera toujours un mensonge habillé de vérité, à la vérité toute nue….

La petite clé

Pimpon s’ennuyait. C’était pourtant une belle journée de juillet, l’air était chaud, les oiseaux chantaient. Ses parents travaillaient au jardin depuis le début de la matinée et Pimpon n’avait personne avec qui jouer, ni même parler.

Alors Pimpon décide d’aller se promener dans la forêt. il court, saute après les papillons, grimpe sur les rochers et les troncs d’arbres. Il court, il saute, la journée est à lui !

Tout à coup, là dans les herbes hautes et sèches, Pimpon voit quelque chose qui brille. Intrigué, il s’approche, se penche, et ramasse une jolie petite clé. Jamais de mémoire de Pimpon on n’avait vu d’aussi jolie petite clé.  C’était un objet fait d’entrelacs de cuivre, de laiton, d’argent. Et plus il la frottait, plus elle brillait. plus elle brillait plus elle était belle. Et l’enfant met sa trouvaille dans sa poche et continue sa promenade.

Soudain, sa jambe le tire vers la droite. Du coup son regard est attiré par un petit sentier qu’il n’avait jamais vu. Qu’à cela ne tienne, notre Pimpon s’y engage. Arrivé en haut, il découvre une clairière magnifique. Un endroit merveilleux peuplé d’arbres centenaires, d’insectes multicolores, d’oiseaux chanteurs, d’herbes folles, de fleurs sauvages, le tout dans un bruissement de ruisseau. Et là dans les herbes hautes, Pimpon aperçoit quelque chose qui brille. alors, il s’approche et découvre une petite plaque faite d’entrelacs de cuivre, de laiton, d’argent.. Alors, Pimpon la frotte et plus il la frotte plus elle brille et lorsqu’il la frotte un trou de serrure apparaît. Alors, il retire de sa poche la jolie petite clé et tourne, tourne et tourne encore et une boite apparaît. A chaque tour de clé; la boîte grossit, elle se fait malle puis coffre. Et bientôt Pimpon est devant un coffre impressionnant !

Forcément l’enfant l’ouvre !

Et la déception est grande…le coffre est vide.

Tant pis, Pimpon regarde le coffre et lui dit « je t’aurais bien emmené avec moi, mais tu es très grand, et moi je suis tout petit. Dommage, tant pis », et il s’en retourne sur le sentier.

A peine a-t-il fait cent mètres qu’il entend…clac, clac, clac derrière lui. Il se retourne et voit la malle qui le suit. Elle a des dizaines de petits pieds qui lui sont poussés comme ça !

« Wouah, mais tu es une malle magique !! » Pimpon est fou de joie. Bon et bien moi c’est Jean, mais tout le monde m’appelle Pimpon et toi ? Et la malle de s’avancer, de se reculer, elle fait des boucles, avance et recule encore et bientôt Pimpon peut lire « Capucine ».

– oh, mais t’est une fille ??

– Allez viens, je t’emmène à la maison !

Pimpon est fou de joie et il saute, il court, tant et si bien qu’il ne voit pas la racine sur le chemin. Qu’il se prend le pied dedans et s’étale de tout son long dans une belle flaque de boue. Trempé et penaud, il se relève et  se déshabille pour faire sécher ses vêtements. Vêtements qu’il pose naturellement sur la malle, qui s’ouvre brutalement et gloups avale les habits du petit garçon.

-Capucine qu’as-tu fait ? C’est pas sympa !! Non mais je suis tout nu dans la forêt. Tu te rends compte que je ne peux rentrer chez moi dans cette tenue ?  Allez, non rends moi mes fringues, Capu …

Et tout  à coup, Pimpon entend, « glups,badaboum, badaboum glups, » le coffre s’ouvre et ses vêtements sortent lavés, repassés, pliés.

– Wouah ! mais tu es encore plus magique que magique !!

Et Pimpon heureux comme jamais s’habille et reprend son chemin.

Au détour du sentier, trois lascars sont assis sur un tronc d’arbre. Voyant Pimpon passer, suivi de Capucine, ils l’accostent sans ménagement.

  • Ah, tu as trouvé ma malle. C’est bien tu peux me la rendre maintenant.
  • Mais ce n’est pas votre malle, elle n’appartient à personne c’est une malle qui..

Pimpon n’a pas le temps de finir sa phrase que le plus grand des trois le jette sur le sol. Aussitôt, la malle s’ouvre toute grande et glups, avale d’un coup les trois garnements.

  • Euh, Capu..; Tu sais, ça ne se fait pas. Je veux dire qu’on ne mange pas les gens qu’on ne connait pas, ceux qu’on connait non plus du reste. Et puis si tu avales tous les malfaisants de la planète tu vas éclater ! Capu s’il te plait, rends les …

Et Pimpon entend, « glups, badaboum, badaboum et fruchte  » la malle s’ouvre et les trois lascars sont recrachés sur le sol.

  • Bonjour, moi c’est Simon et lui c’est Thomas, et lui c’est Mathieu.
  • Bonjour, moi c’est Jean mais tout le monde m’appelle Pimpon
  • Bien, peux-tu nous indiquer où est le bibliothèque ?
  • Oh, elle est au centre du village, le maire dit que c’est du futile indispensable. Vous verrez vous ne pouvez pas la manquer.
  • Merci beaucoup Pimpon, nous espérons avoir la chance de te revoir.
  • Au revoir et bonne lecture.

Pimpon se retourne vers Capucine, dis moi pour les gens aussi ? Tu laves l’intérieur ?

Et Pimpon est rentré chez lui, Et fort de son expérience dans la forêt n’a parlé à personne de sa malle magique.

Et puis Pimpon a grandit, il est devenu un jeune homme, un homme, puis un homme mûr, puis un vieil homme. Quand il est devenu vieillard, Pimpon s’est approché de Capucine.

  • Tu sais, je suis vieux maintenant et je sais que je vais bientôt partir. Il est temps pour toi de faire le bonheur d’un autre enfant.

Et Pimpon est parti, et la malle a disparu, mais…on raconte, qu’une petite fille aurait trouvé une bien jolie petite clé !