J’ai glissé chef, j’ai glissé !

Ça fait des lustres qu’il est là à s’acharner, des plombes qu’il joue les explorateurs entre clito, seins, vagin, et que je te gratouille, et que je te léchouille et que je te papouille.

Certes, les préliminaires c’est génial, surtout si c’est bien fait (à deux si possible), le faire avec douceur et volupté, un savoir-faire empreint de sensualité, une sensualité empreinte de savoir-faire. Le tout amenant doucement mais sûrement au septième ciel ou au sixième si on n’est pas trop en forme.

Mais là !! Bon le besogneux s’acharne, s’excite tout seul. Je dois faire appel à mon imagination et à toute mon éducation pour ne pas l’envoyer salement balader.

Bon, il fait quoi là ? C’est pas vrai ! Pourquoi, j’ai craqué ?

Ce mec, c’est de la publicité mensongère, un emballage richement décoré mais atrocement vide. Je jette un œil sur la pendule telle une Joséphine sous son Napoléon. Boudiou !! mais c’est que ça dure son truc ! il prépare les J.O. de la baise ou quoi ? Mais y fait quoi là, l’explorateur ?

Quand arrive enfin, l’assaut final, me croirez-vous, je m’entends dire sur le ton gouailleur d’Arletty dans Hôtel du Nord : « Ben alors, c’est à c’theure-ci qu’tu rentres ? »

Stop !! DE-BAN-DADE !!

Une pensée me traverse l’esprit à l’instant précis où l’accès de sincérité est devenu excès de sincérité, tel le Pithivier de la 7ème Compagnie « J’ai glissé Chef, j’ai glissé ».

Le Môssieur s’arrête net, coupé dans son élan, (un coup à se faire une entorse ça), il s’assied, se lève, se rhabille en silence. Il est sorti de mon lit, de ma chambre, de ma vie…

Depuis mes nuits sont paisibles.

Papa Jules et Maman Yvonne

Je me souviens, j’avais dix ans, c’était une belle journée de juillet, non de mai ou était-ce juin ? Une de ces journées où la moiteur de l’air se mêle aux doux parfums des fleurs et des arbres. Oui, tout en marchant je me sentais grisée par cette promesse d’été.

Tournant rue Thiers, j’ai vu un attroupement près de la maison de Papa Jules et de Maman Yvonne… l’ensemble de mes camarades de classe, en fait.

Papa Jules et Maman Yvonne sont mariés depuis plus de soixante ans, et depuis plus de soixante ans les frasques de Papa Jules égayent le quotidien de nombre de villages.

Pour faire court, Papa Jules est un chaud lapin qui fait voler son dragon dans toute la région, au grand dam de Maman Yvonne qui n’en peut plus d’astiquer ses cornes.

Me mêlant aux badauds, j’observais la scène.

Dans l’encadrement de la porte, les bras croisés, le regard courroucé, Maman Yvonne interrogeait son coquin de mari.

  • « D’oùc ch’est qu’te r’viens ?

Jules avec un aplomb que seule confère l’habitude :

  • D’’l’mer !
  • Et qu’est-ce t’es allé fair’à’l’mer ?
  • Bah, j’a pris l’iode et j’a trempé mes pieds.
  • Ah ouais et ch’éto quelle mer ?
  • Euh, eul’mer à Amiens ! »

En concomitance absolue le visage de Maman Yvonne s’est allongé et les enfants spectateurs ont murmuré avec un bel ensemble « Y’a pas la mer à Amiens… »

  • « Ben, puisque t’as l’air d’avoir des accointances avec l’eau te f’ras t’lessive tout seul et pour minger t’demanderas a’t’sirène !

Rentrés chez eux les enfants ont narré par le menu la mésaventure de Jules à leurs parents. Tous ont été unanimes : C’était un drame de l’inculture.

Moralité : Dans la vie, si tu ne veux pas d’ennuis, connais ta géographie !!!

Louise Desmons – juillet 2020

Le visiteur

La pluie tombait, la pluie ruisselait depuis des heures. La vieille femme regardait par la fenêtre ce paysage de désolation qui s’étendait devant elle.

La pluie tombait, et les nuages passaient devant le soleil dans une partie de cache-cache sempiternelle. Et les nuages s’étalaient transformant par intermittence les vitres en miroir.

Et la vieille femme de regarder ses rides, de regarder les sillons creusés par le temps, le dur labeur de son visage sous le soc de la vie.

De loin en loin, elle apercevait fugacement une ombre, un profil, parfois même un regard s’attardait sur elle. Elle savait, elle attendait. Quand ? Comment ? Elle verrait à ce moment-là…

Et puis un soir, il fût là. Juste derrière elle. Avec son doux regard et ses gestes embarrassés.

Il s’est approché, hésitant encore à la prendre dans ses bras.

Elle ne s’est pas retournée, elle a regardé par la fenêtre pendant qu’il s’approchait, qu’il se rapprochait, confondant son visage avec le paysage. Puis, doucement, il l’a enlacée.

 Elle a eu froid, puis une douce chaleur l’a envahie. Elle a incliné la tête, l’a posée sur son épaule. Tout s’est effacé, tout est revenu. Les jours heureux, les rires, les bonheurs à deux. L’amour qui nait, qui s’épanouit. La tendresse qui le conforte. Oui, il et elle pour une vie.

Et puis, il est parti emporté par un crabe… alors elle a attendu, qu’il vienne, qu’il revienne. Et il était là, il est là, avec son doux sourire, ses yeux tendres et ses gestes d’amour.

Oui, il était venu pour elle, il était venu l’emmener avec lui. Ses cheveux blancs à elle se mêlant à ses cheveux bruns à lui… Lui, parti trop tôt, elle a vieilli seule longtemps, si longtemps, trop longtemps.

Mais pour ce dernier voyage, ils ont retrouvé leurs vingt ans et avec la vigueur de leur âge ont fait ensemble, le grand saut derrière les nuages…  

Ma Chanchan

   

Une voix cristalline, un petit pull bleu ciel, un pantalon blanc, chansonnette à la bouche, la silhouette fine et élancée, le carré blond impeccable, c’est la première image que j’ai de toi.

 

On s’est détestées, tu te souviens ?

 

Moi sortant à peine d’une galère et toi qu’une méchante rupture avait anéantie. Tu avais perdu ton amour et la confiance des autres. Ta carrière moribonde de communicante t’ennuyait.

 

Tu voulais écrire…

 

Que te dire aujourd’hui que tu t’en es allée vérifier au plus près tes thèses sur dieu et ses potes ?

 

Que te dire, sinon que je te pleure, que je t’aimais, que je l’ignorais. Te dire l’horreur de cette phrase prononcée par ta fille : « Maman nous a quitté ». Je ne  l’avais pas vu venir. J’avais décidé quelque part en moi que tu allais guérir . Espoir insensé, espoir de gamin qui nie l’évidence.

 

Ma Chanchan, pas une journée où je ne pense à toi. Quel vide ! quelle absence…Je n’aurais jamais cru à une telle profondeur de mes sentiments. Etais-tu seulement dans cette église ? Dans la boîte, c’est sûr, mais parmi nous ?

 

J’avais prévenu tout le monde. Tu ne pouvais pas partir comme ça, je voulais des larmes pour accompagner les miennes. Des sanglots, des vrais, des amis derrière toi pour te rendre hommage, pour faire de ton départ un événement même si la fête était morte ce jour là.

 

Ton sourire et ta malice accompagneront à jamais le petit pull bleu ciel et le pantalon blanc immaculé. Quelle classe, quelle distinction, une femme élégante jusque dans la mort.

Le Mauvais coucheur (Laurent H)

Laurent H ou la beaufitude assumée.

 Ben quoi ? Ça  arrive non ? Il en fallait un, c’est fait !

 D’abord, il y a eu ce contact téléphonique professionnel.

L’homme était charmant, gentil, intéressant, plaisant. Il a rappelé, je l’ai rappelé. Une dragouille sympathique s’est installée. 

Et puis ? Et puis je l’ai invité.

Et ? Il est venu.

Ah ? Alors ?

 D’abord, il est derrière la porte et il téléphone, m’obligeant à retourner dans le séjour pour répondre et…aller ouvrir la porte.

L’intérêt de la manœuvre ? Je ne sais pas mais lui trouve l’idée géniale.

Bon là, j’ouvre.

J’aurais dû refermer violemment. Imaginez dans l’encadrement de ma porte, un type…un type euh…un gros mais alors gros, grand, le cheveu en voie d’extinction sur le sommet de son crâne. Ouah, habillé comme un sac (ou avec un sac ?).

 D’abord, première alerte, il s’installe pour le week-end et en un temps record fout un bordel sans nom dans l’appart. Il repère vos DVD et entreprend illico de les copier. Saisissant au passage celui que vous veniez d’acheter pour offrir, jetant sans vergogne l’emballage sur le sol, et ironisant sur votre réaction.

 L’homme s’était décrit comme un aventurier. Sa soif de découvertes et de visites de grands horizons n’avait pas de limite. Pas de bol, l’aventurier est fatigué, mais alors vraiment fatigué, tellement fatigué que ça ponctue toutes ses phrases.

Notre aventurier si avide de culture, de rencontres, de paysages nouveaux se gausse lorsque je lui fais visiter ma région.

Chez lui à St Lô c’est mieux, c’est plus beau, plus propre, les gens sont plus intéressants,  plus, plus…et replus, et puis il est fatigué. 

Bon, notre beauf va chez le coiffeur et il se montre royal et généreux envers le petit personnel (en me taxant le pourboire pour l’employé), il m’offre un café (qu’il me remboursera…un jour), me prépare le repas (70 € de ma poche), m’ « emprunte » tout ce qui lui plaît, (y compris une clé USB dont on sait le coût).

Au total en trois week-ends il m’est revenu à cent euros. 

Et notre Beauf ne s’arrête pas en si bon chemin. Notre Beauf est prétentieux. Lorsque d’aventure vous utilisez un mot qu’il ne connaît pas, il vous assène un « c’est un mot que tu as appris aujourd’hui, ça ? » Ce qui me laisse pantoise vu que j’utilise un vocabulaire normal.

 De plus, comble de la beaufitude ordinaire, il fume et pour ne pas se comporter comme un porc en jetant ses mégots par la fenêtre, il les jette…dans les balconnières : le gros porc à domicile quoi ! 

Et cerise sur le gâteau : il tient un blog narrant sa vie sexuelle (environ 2 000 voyeurs en moins de huit jours). Bon, lorsqu’on n’est pas concerné l’histoire est navrante, classique voire affligeante et l’exhibitionniste décevant,  cependant lorsqu’on a une petite place dans le scénario….

 Et je complète le tableau : Lorsqu’au bout de quelques semaines j’ai interrompu ce qui n’aurait jamais dû commencer. Il se gausse, se paie ma tête et conclue : « ah oui ! Si tu me quittes c’est uniquement pour avoir le dernier mot ! » 

Lamentable, ce garçon de café reconverti dans le noble métier de pompiste a les neurones coincés dans une station service et sa nouvelle évolution de carrière n’y changera jamais rien.

« Prolo » jusqu’au bout des ongles, jusqu’au moindre repli de graisse de son corps sans grâce.

Pourquoi ne pas l’avoir jeté de suite, surtout que ses visites m’importunaient. Je n’avais jamais envie de le voir, et voyais souvent avec soulagement la fin du week-end.

Bon peut-être pour son petit talent au lit. Mais quand je pense à ses coups de butoir de besogneux affairé et consciencieux ahanant d’un plaisir hypothétique et d’autosatisfaction satisfaite. J’en viens à me demander si je n’ai pas vécu là un drame ordinaire de la solitude non assumée.  

 

Petites pensées en passant

Petites pensées en passant

 

 

Les hommes de ma vie sont comme des soleils d’avril, ils vous éblouissent sans jamais vous réchauffer.

 

 

Petit à petit, d’amour tiède en sentiments froids, votre cœur en jachère désespère de sortir de l’hiver.

 

 

Le moi est haïssable certes, mais c’est avec lui que je vais passer le reste de ma vie…

 

De verre en verre, il est allé aux vers.

 

 

Il est mort. Va-t-on l’incinérer ? Tu rigoles il aimait trop la bière.

 

Il buvait beaucoup ? Je ne sais pas. Tout ce que je sais c’est que lors de sa dernière prise de sang, il était groupe A millésime 49 et qu’il l’ont mis en tonneau et pas en éprouvette.