Rosie

Avec son teint de rose, ses jolies bouclettes, ses robes affriolantes et ses colifichets, Rosie était la sorcière la plus critiquée de tout le sabbat.

Sa marraine, ben oui, en tant que sorcière, elle se devait d’en avoir une. Donc, un jour, sa marraine est venue la voir.

Rosie était occupée dans son jardin, elle confectionnait un parterre de fleurs multicolores et d’arbustes odorants d’une beauté époustouflante. Car Rosie aimait le beau, elle aimait les couleurs, le ciel bleu, le soleil, les étoiles, elle se pâmait devant la lune gibonde et se berçait de chants d’oiseaux. Pour faire court, Rosie aimait la vie.

Posant son balai avec une brutalité non feinte qui marquait sa plus profonde désapprobation, sa Marraine l’apostrophe avec véhémence.

  • BONJOUR ROOOOZZZIIIE !
  • Oh ! le bonjour Marraine, quelle délicieuse brise a donc poussé ton balai jusqu’à ma maisonnette ?
  • Aie !!! aie !!! ayayaille !!! Non mais, tu t’entends ? Pour la gloire de Lucifer, tu te rends compte du préjudice que tu nous causes à nous, les sorcières horribles et malfaisantes et méchantes et répugnantes ???

Tu te rends COMPTE ???

D’abord, c’est quoi ce teint de pêche et ses boucles qui miroitent au soleil ? C’est dégoûtant ! Une sorcière qui se respecte, c’est un teint blafard, des cheveux rêches, raides sales si on supporte.

Et ces robes ! Fleuries, légères, seyantes, non ça ne va pas, ça ne va pas, ça ne va pas du tout. Une sorcière c’est noir et noir c’est noir ! logiquement tu devrais n’avoir que quelques dents mais pleins de verrues immondes pour compenser ! Une sorcière, on la regarde et on flippe ! on attrape des suées, on pleure, on appelle sa mère, on se jette à genoux pour implorer sa clémence !

Oh et puis, une sorcière ça s’appelle Maléfique, Cruella, Carabosse, ou encore Croqueminot mais certainement pas Rosie !! Tu nous fais honte ! L’autre soir, au sabbat de la Saint Jean, tu nous as mises dans un sacré pétrin. Si tu crois que Lulu a apprécié ta sarabande fleurie, tu te goures, il a failli en éteindre le feu de l’enfer !

Rosie, en vérité je te le dis, « arrête tes conneries »

Rosie l’avait écoutée sans mots dire et sans se départir de son magnifique sourire.

Je sais Marraine, je sais tout cela. Mais vois-tu, je n’y arrive pas. Quand je touche la terre, elle devient fertile alors qu’elle devrait s’assécher. Avec moi, les choses poussent et prospèrent. Ma tenue elle-même n’en fait qu’à sa tête. Je n’ai pas la moindre petite verrue, mon nez est mutin alors qu’il devrait être crochu. Je sais tout cela, mais que mes sœurs et toi-même n’y voit pas malice. C’est une inaptitude magique qui provoque cette exclusion sociale. Ça me désole, croyez le bien, mais j’ai beau faire, je n’y parviens pas.

Radoucie, la Marraine soupire :

  • Bon je vais t’aider.

Elle regarde Rosie dans les yeux, lance une formule magique. Brusquement, tout est sombre, les joues de la jeune sorcière ternissent, sa robe se fait ténèbres, tout devient sinistre.

Avec une réelle satisfaction, la Marraine, s’exclame : « Voilà qui est mieux ! »

  • Oui, c’est mieux sourit Rosie, merci Marraine, vous êtes extraordinaire et à n’en point douter une sorcière redoutable.

Elle n’a pas fini sa phrase que le rose lui monte aux joues, sa robe s’éclaircit, le paysage retrouve sa beauté époustouflante, et que les oiseaux qui s’étaient tus de stupeur, s’égosillent de nouveau.

Euh, vous voyez Marraine ce que j’essaie de vous dire ? c’est un vrai calvaire que le mien, je suis condamnée à générer et faire prospérer la beauté, le beau, le merveilleux. D’ailleurs, je me pose la question, êtes-vous sûre que je sois une sorcière et non une fée ?

  • Ne dis pas de sottises voyons, tu es la fille de ma sœur et de Mangecruleslimaces lui-même, nous n’avons pas d’handicapée de la méchanceté, ni de la cruauté dans notre horrible famille.

Rosie soupire…alors comment expliquer ?

Ce disant, elle s’approche de sa marraine et suivant une pulsion, elle lui pose un baiser sur la joue. Aussitôt, la vieille sorcière sent ses joues rosir, ses cheveux s’épaissir, ils miroitent au soleil. Sa robe et sa cape se parent de mille couleurs chatoyantes.

Atterrée, elle se regarde dans l’eau de la fontaine toute proche. Elle a perdu des siècles ! Bon sang Rosie ! mais qu’as-tu fait ? Mais déjà, une certaine sérénité et une joie de vivre montent en elle, les verrues s’effacent, ses dents sont revenues, elle sent le soleil lui réchauffer le cœur.

Oh marraine, je suis désolée, mais je ne sais pas pourquoi mais j’en suis sûre maintenant, je suis la sorcière du bonheur !

Regarde, ta jeunesse est revenue et avoue que tu te sens bien presque heureuse. Tu vois, j’en ai la certitude aujourd’hui, le bonheur est contagieux. Et comme dit le poète, on le reconnait au bruit qu’il fait en partant. Profitons-en le temps de sa visite. Allons Marraine, les choses ne durent pas, ni le malheur ni le bonheur. L’éphémère est ici-bas le seul maître, profitons des instants sans chercher à les altérer d’aucune façon. Le futur est tellement improbable. Venez Marraine ! embellissons le monde ensemble !

Les chroniques de Louise Desmons – 20.04.2021

Un commentaire sur “Rosie

  1. Merci Louise pour cette histoire qui donne de l’espoir dans cette période morose ,tout n’est pas perdu on peut espérer un monde meilleur ,et que tout devienne coloré et beau comme pour la vilaine sorcière (notre monde actuel )

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