Méprise

Si le gars assis sur le canapé du salon est mon mari, qui ai-je bien pu pousser du haut de la falaise ?

Attends, je récapitule. Hum, voyons…

On a d’abord dîné, puis j’ai débarrassé la table, j’ai rempli le lave-vaisselle, j’ai nettoyé la table et passé un coup de balai. Il est allé au salon.

Il a dit : « On n’irait pas se balader ? »

J’ai répondu : « Si, bonne idée »

Il a dit « Il pleuvine, je vais mettre mes bottes et mon imper »

J’ai répondu : « Je vais en faire autant »

Il a dit : « Je t’attends dehors »

J’ai répondu : « J’arrive »

Et je l’ai suivi, sur la lande. On a marché le long de la falaise. Sans mot dire. Ça fait vingt ans que nous n’avons plus rien à nous dire. Rien d’autre que « Passe-moi le sel, qu’est-ce qu’on mange ? Où est la télécommande ? T’as pas vu le programme télé ?

C’est une promenade que j’affectionne particulièrement. Comme d’habitude, je me suis approchée de cette petite crique qui m’émeut toujours presque jusqu’aux larmes. Je me suis penchée pour voir la mer s’écarteler sur les rochers dans une fantasmagorie de couleurs volées au soleil couchant. L’écume devenue soudain or, émeraude, rubis, azur est un ravissement de chaque instant, un pur moment de vrai bonheur.

C’est à ce moment-là que je l’ai entendu. Quoi ? mais ce martèlement, de plus en plus rapide. Quelqu’un courait derrière moi. Alors qu’il était tout proche, j’ai fait deux mouvements. Hop, hop, tu vois ? Hop un pas de côté, hop mon bras qui se tend. Hop, hop et lui porté par son élan a fait arrrgh… !! splatch… !!

  • Euh …  ça va chéri ?

Il a toujours aimé la plage.

J’ai continué ma promenade. Je me suis sentie, comment dire, « Libéréééé, délivréeééé, et pas torturée pour deux sous. J’étais sereine. J’ai encore marché un petit moment profitant de l’euphorie jusqu’au bout. Il faut savoir savourer les moments que nous offre la vie.

Et puis je suis rentrée.

Dans le vestibule, première surprise, son imperméable était accroché sur la patère et gouttait sur ses bottes. J’ai accroché le mien à côté. Je suis entrée dans le salon.

Et là, j’ai pu lire dans les yeux de mon mari ce qu’il lisait dans les miens. « Mais qu’est-ce que tu fous là, TOI ? ».

Alors, je me suis assise sur le fauteuil, devant lui. J’affichais un sourire narquois tout en le regardant dans les yeux. Eh bé, c’est que ça cogite là-dedans. J’ai vu tous les scénarii possibles passer dans ses yeux.

Pour interrompre le silence pesant qui s’était installé, il a dit « tu ferais une tisane ? ».

Je me suis levée, je suis allée dans la cuisine. Peu de temps après je suis revenue avec deux mugs fumants. Nous avons bu en silence. Il était tellement anxieux qu’il n’a même pas remarqué cette saveur nouvelle qu’avait son breuvage.

Devant la porte, je me suis retournée : « Au fait, mon amour, la pelle, elle est toujours dans la cave ? »

Louise Desmons – août 2020

Un commentaire sur “Méprise

  1. Louise je compatis à votre interrogation  » Qui est la personne que J’ai jeté de la falaise ? » alors un conseil, consulter dans les journaux les avis de recherche de personnes disparues dans votre région Courage Louise vous trouverez

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