Transparence

Personne ne la regarde depuis longtemps. Personne. Ni son père qui n’a comme horizon que son ordinateur, ni sa mère qui semble investie d’une mission hygiéniste dévastatrice.

Son père s’enferme chaque jour davantage dans une bulle de labeur, sa mère s’enferme dans une frénésie de travail domestique entrecoupée de discours féministes.

Mais elle, personne ne la regarde plus depuis… elle ne saurait le dire.

Chaque matin, elle part pour l’école et là non plus, personne ne la regarde. Elle a beau s’interposer entre deux protagonistes, émettre une opinion dans les discours enflammés de la cour de récréation, rien, personne ne relève, ni ne lui intime l’ordre de se taire.

Non, jusqu’à l’institutrice qui ne la gronde pas lorsqu’elle est en retard.

Parfois, elle se demande si elle existe vraiment du moins, aux yeux des autres. Certes, diaphane et légère, elle est comme une plume ballottée par le vent. C’est vrai aussi, qu’elle est de ces gens qu’on voit et dont on ne se souvient pas toujours.

Mais depuis quelques temps, un profond sentiment de solitude teintée de mélancolie voire de tristesse l’envahit.

Un matin froid et lumineux, un matin de printemps où le soleil peine à réchauffer la terre, une fleur a poussé sur le trottoir. Là, juste devant elle. Comme elle se penche, elle s’aperçoit que des fleurs rouges ont envahi le trottoir. Puis des clématites et de la vigne folle recouvrent avec un bel ensemble les murs gris de la ville. Surprise elle lève la tête et rencontre le regard doux et aimant de sa grand-mère qui lui sourit. D’un coup, elle sent une onde d’amour et de bienveillance la submerger.

« Oh ! quel bonheur de te voir. Quel bonheur pour tout le monde !  Papa et Maman seront si heureux de s’être trompés. Tu n’es pas partie pour toujours là-haut dans le ciel, derrière les nuages. Non, tu es là ! Viens, on va…

Sa grand-mère lui a pris la main, la serrée contre son cœur.

« Tu sais ma chérie, les autres ne t’ignorent pas, c’est même pour cette raison que tu n’as pas compris. Ils te retiennent par leur amour et leurs pensées.

Ma Douceur, tu te souviens des néons froids, des infirmières et des docteurs ? T’en souviens-tu ?

Elle acquiesce lentement, peinant à comprendre…

Oui mon Cœur, tes parents ne se sont pas trompés. Je suis venue aujourd’hui t’emmener avec moi par-delà les nuages. Là, où l’on n’a ni froid, ni faim, et où personne ne meurt jamais.

Une douceur nouvelle l’a envahie à cet instant. Une torpeur cotonneuse s’est emparée de tout son être l’amenant tendrement à comprendre et à accepter. Elle s’est envolée doucement vers sa nouvelle destinée.

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