Procès d’intentions

  Procès d’intentions :   Depuis deux ans et même plus, j’essaie d’obtenir un moment, une heure, voire une soirée.

En vain, aux dernières nouvelles, tu as vaguement un créneau aux alentours de décembre si toutefois tu n’es pas requis pour langer le marmot qui va se les geler au fin fond de la crèche.  Je voudrais bien te harceler mais vois-tu nos plannings ne correspondent pas vraiment.  Si je bosse, je ne peux le faire qu’à certaines heures (celles où tu n’y es pas).

Ton répondeur donnant l’impression que tu enregistres tes messages dans le fond d’une baignoire remplie à ras bords il faut avouer que cela refroidi les ardeurs du travailleur. Donc, je me dis que pour un viol, va falloir s’organiser ! Par téléphone c’est rapide mais pas vraiment pratique. De plus je doute de l’efficacité de la méthode. Reste le hasard calculé : «  Tiens, que fais-tu dans le coin ? Non… t’habites là, toi ? »  Bref, n’importe quoi. Cela prend du temps, bouffe de l’énergie et ne fonctionne que dans le cas d’un ennui viscéral chez la victime.  Sachant à quel point les grands garçons de ton âge sont fragiles, il est important de les traumatiser prudemment.

 Le style : « Bonjour, Monsieur, c’est pour un viol ». La chose n’est pas toujours bien comprise, il convient donc de travailler la forme (le fond étant toujours le même depuis des millénaires).  On peut dans un premier temps convier la victime potentielle à dîner.  Lors du repas, on s’attachera à s’informer sur les détails futiles qui changent tout (Es-tu ceinture noire de judo ? 3ème Dam de karaté ? As-tu des relations dans la magistrature, les commissariats ?)

 Donc ayant épuisé tous les lieux communs d’une conversation habilement dirigée vers le plumard, il convient de mettre tous les atouts de son côté : dose d’alcool massive (mais pas trop, car certains effets secondaires poussent le Monsieur dans les bras de Morphée et l’on ne fait pas tout ça pour transformer de farouches hétéros en homos occasionnels.)  Glisser dans la conversation des phrases à haute teneur philosophique : « On ne vit qu’une fois », « y’a pas d’mal à s’faire du bien » etc…  C’est vrai, quoi, l’Homme a besoin qu’on le rassure, qu’on le conforte dans ses pensées. Ne pas commettre l’erreur d’annoncer tout de go : «  T’es là, tu discutes, t’as pas l’impression que tu serais plus désiré dans la piaule d’à côté ? » ou bien encore : « Bon, tu peux venir prendre un dernier verre chez moi, mais tu ne fumes pas au lit ».  Là, c’est sûr le Monsieur va s’effaroucher, du style : « Je ne suis pas celui que vous croyez ! ». De plus, si l’on veut soigner sa réputation il faut des champagnes et des divans profonds : Bref des dépenses écrasantes !

La jouer camping cela fait jeune mais oh combien moins élégant. Non, quand il n’est pas spontané, dirigé essentiellement contre un inconnu, le viol est un art difficile.  Aussi, et pour les raisons c
i-dessus énoncées, je vais la jouer romantique version fin 19ème (siècle pas arrondissement) et me contenter du téléphone que tu détestes mais que j’adore.

C’est moins sexuel mais après tout cela permet d’excellents délires….   Si tu changes d’avis, je te rappelle que l’escalier de mon immeuble est plus étroit qu’une pensée du front national et plus raide qu’une décision gouvernementale. 

La Thalasso

La Thalasso

 

On m’avait dit : « Tu vas voir, c’est génial, tu sors de là t’es détendue, réconciliée avec ton corps. Ah oui c’est fabuleux »

 

En fait, ça fait une demi-heure que je suis couchée, le corps couvert d’algues, le tout emballé dans des feuilles de plastique. Et ça démange, putain ce que ça démange. Je donnerais n’importe quoi pour pouvoir me gratter.

 

Engoncée dans ce costume végétal, je n’en peux plus. La peau et les nerfs à vif, des envies de meurtres plein la tête. Je la hais, je les hais, impossible de bouger. Je me tortille, histoire de me soulager un peu de ce carcan urticant. Je gigote, je voudrais n’avoir jamais écouté ces conseils, je me maudis de ma connerie. Je me pose des tas de questions sur la santé mentale des personnes qui font ce genre de cure régulièrement et qui y prennent plaisir. Tous cinglés.

 

« Alors, ma p’tite Dame, vous sentez-vous détendue ? » L’invective me vient aux lèvres, je ne craquerai pas. Je murmure simplement un « sortez-moi de là » vulnérable et suppliant.

 

Bref, sortie de là, couleur homard, lavée, rincée, décapée, j’ai mal partout, me passe des crèmes adoucissantes et maudis les modes contemporaines qui me poussent à de telles expériences.

 

On m’avait dit : « Tu vas voir ». J’ai vu, merci.

Désamour

 

 

Désamour

 

 

Ce matin, est-ce le temps, est-ce la lassitude, est-ce l’âge ou l’expérience. Ce matin, je suis tombée en désamour.

Il est jeune, il est beau, il est drôle et… je ne l’aime plus.

 

Aimer, quel drôle de mot qui s’applique tantôt au chocolat, tantôt à une peinture ou à un livre et à un être pour qui on se damnerait.

 

J’ai envie, j’ai plus envie. Pas pour l’instant, merci.

 

Le désamour, plus incroyable que l’amour quant à ses raisons. Dommage, guérir trop vite d’un amour même pas vraiment ébauché.

 

Bizarres, les mots, les mêmes que pour la maladie.

 

Tomber amoureux comme on tombe malade, la fièvre, la peur, l’angoisse. Tous ces mots intimes du malheur et du bonheur. Toujours amour, toujours désamour.

 

La fièvre des premiers instants fait place à la peur de perdre l’autre. Perdre, comme si on avait quelque chose à gagner dans cette lutte sans fin.

 

Cette quête du « nous deux » tourne régulièrement et allégrement au « Moi Je ».

 

Deux egos malades de trouille, malades de solitude, malades d’amour, malades de désamour.

Noyade

NOYADE

 

Il est là parce qu’il titube. Il en est là parce qu’il titube. Il boit. Il boit de plus en plus, plus il boit et plus il a envie de boire. Plus il boit plus il est triste, plus il s’isole dans sa dépendance et dans son malheur. On ne noie jamais son chagrin, non on lui apprend seulement à nager.

 

Personne ne peut rien pour soulager le fardeau d’autrui. Personne ne peut vraiment se mettre à la place de l’autre. Pour y faire quoi du reste ? Personne n’est à l’abri d’un coup du destin. C’est qui d’ailleurs celui là ? Le destin est un mot inventé par l’Homme dans le but inavoué de ne pas assumer sa responsabilité dans ce qui lui arrive. Inaptitude à se dire : « Je l’ai mal joué ce coup là ». Refus catégorique de se dire que les intérêts des uns vont souvent à l’encontre des intérêts des autres, et que sur l’échiquier de la vie il faut peut être jouer différemment et regarder le damier sous un autre angle, ajuster, esquiver, lancer, s’élever, se tapir selon…

 

Alors oui, les paradis artificiels sont tentants, se dire qu’après tout rêver c’est peut-être jouer. Crier « joker » quand on ne comprend plus rien, ni à la partie en cours, ni même au jeu. Boire, se droguer, rêver une vie meilleure sans jamais s’en donner les moyens. Se dire qu’on n’a pas de chance, c’est la faute à…, c’est à cause de…, il fallait bien que…., des formules usées à force d’être utilisées sans discernement, sans précaution, sans même un léger soupçon sur le bien fondé du discours.

 

Allons, à ta santé vieux frère.

Liberté

Liberté

 Au nom de la liberté que de chaînes se laisse-t-on poser !

 Ma liberté se nomme plaisir. Plaisir des yeux, plaisir des sens, plaisir du jeu. Pourquoi se refuser les petites joies du quotidien qui nous illuminent le regard, nous donnent la jeunesse éternelle en nous gardant un cœur d’enfant ?

 Un rire, une parole gentille nous laisse une trace de soleil pour la journée. Croire en l’amour, le conjuguer avec toujours, même si l’on sait que c’est pas pour de vrai. Ce moment là reste gravé dans notre mémoire et nous fait oublier la médiocrité du quotidien. Regarder avec plaisir, les politiciens politiser, les gendarmes gendarmer, les flics fliquer et rire. Rire et se moquer de cette liberté tant galvaudée. 

Quelle est votre forme de liberté à vous ? Comment la portez-vous ? Près du corps ? De quel corps ? Loin des yeux ? Loin des autres ? Loin des cieux ?

 Mesdames et Messieurs, cette année la liberté se portera négligemment sur un long drapé de satin noir.

Le plaisir quant à lui est toujours proscrit, trop vulgaire, trop charnel.

Plaisir de la table, c’est la grosse bouffe trop grasse ou le radis trop étriqué.

Plaisir des sens, c’est des plaisanteries grasses qui ne font rire que les chasseurs et autres porte-flingues.

Plaisir du jeu, de tous les jeux, c’est futile, dangereux pour l’âme et la bonne tenue de la société. Non, cette année encore c’est la liberté qu’il sera de bon ton d’arborer fièrement (mais négligemment). Liberté de culte, liberté des urnes, liberté de et dans la famille. Liberté sur toutes vos tenues de ville et de campagne.

Quant au plaisir, Mesdames et Messieurs, ne sombrez pas dans la vulgarité, bannissez le de votre garde-robe ainsi que de votre vocabulaire.

 L’hédonisme ne passera pas.

 C’est dans le fantôme de la liberté que reposent à tout jamais les fondements même de notre société et donc de la démocratie.

Rions

 

Eclat

 

 

L’humour comme arme absolue, l’humour comme bouclier face à la désespérance. L’humour pour se relever lorsqu’on est tombé du nid. L’humour comme défense, comme attaque.

 

Porter en dérision tout ce qui fait mal, tout ce qui blesse. La mise à mort ne se fera que dans un éclat de rire. Eclat de rire, éclat de soleil. Une lame tranchant la grisaille de la mesquinerie. Un reflet d’argent comme une larme de lune sur un présent douloureux.

 

Mal à l’âme ? Rire et désespérer.

 

Des bleus au cœur, des bleus au corps soignés par une dérision sans fin. Crever mais joyeux, tant l’absurdité est grande. Se replier mais dans un antre douillet orné du plaisir que seul le détachement peut offrir.

 

Opposer une rangée de dents, non pour mordre –mordre c’est accepter le combat -, mais pour rendre hommage à la futilité de l’attaque.

 L’humour du clown, du fantaisiste. L’humour de celui qui proclame « rions de tout » mais qui n’a jamais dans son fort intérieur ri de rien. Regarder ces générations se suivrent et s’agiter en vain. Se débattre dans un combat inutile pour la vie. La Camarde est proche et avec l’humour qui la caractérise fait son boulot sans joie mais avec mille et une facéties.

 Rions, puisque nous nous savons condamnés à une mort prochaine.

 Chaque désillusion comme de petites morts, nous partons en lambeaux jour après jour et dans un dernier soupir et dans un dernier sourire, nous savons combien nos petites existences ont été dérisoires.

Ah si j’osais…

Ah si j’osais…

 

 

Je lui dirais bien, si j’osais, si j’avais le courage. Je lui dirais bien ce que je pense à celui-là. Oh mais oui, je lui dirais. Tu lui dirais quoi ? Tu ne lui dirais rien du tout. Et s’il se fâchait ? S’il ne voulait plus te voir ? S’il préférait sa propre vision de sa personne ? Et crois moi, il préfèrera celle-la. C’est un lâche, comme toi.

 

Dans ce monde, les gens sont comme cela, lâches. Et c’est tant mieux, tous sont des adeptes du consensus mou. Tous sans exception.

 

Ils préfèrent ne pas voir, ne pas savoir.

 

Même la fillette violée par son père ou un libidineux quelconque.

 

Lorsqu’on les force à ouvrir les yeux, ils hurlent à l’insécurité. Mais eux, savaient, voyaient, se doutaient. Mais bon, mais non.

Le cri d’enfant battu, entendu de tout le voisinage s’est perdu dans l’océan de la lâcheté collective. Le vieux passé à tabac, délesté de ses pauvres deniers, on savait mais on n’a pas cru.

 

Partout on vole, on viole, on massacre. Partout on vit. Et oui, c’est cela aussi la vie.

 

Alors on organise des conférences sur la violence et la société, la violence et la civilisation. Ah c’était drôlement vrai ce qu’ils disaient ces universitaires sentant la naphtaline. Ah les autres, les mal éduqués, les mal blanchis, ah c’est ceux-là qu’il faut visser. Non mais, qu’est-ce qu’ils foutent au gouvernement, ces incapables ?

 

Il faut des flics, des gendarmes, des soldats, des CRS, des uniformes partout, de la SECURITE. Il faut que le pays ait l’air en guerre pour qu’on puisse vous faire marcher à la baguette, vous faire jouer au petit soldat. En meute.

 

En meute, on se croit moins lâche, en meute on se sent plus fort, en meute on est toujours plus cons.

 

La sécurité des petites gens c’est quand le flic devient plus dangereux que le truand.

 

Ah, si j’osais…

20 % un certain jour d’avril…

20 %

 

 

 

20 % c’est quoi ? Un pourcentage de matière grasse ? Non, c’est hélas un pourcentage de matière crasse. Cette crasse de l’esprit nommée envie, jalousie, connerie.

 

De nos jours ou peut être de toujours, les gens ne veulent pas gagner plus non, ce qu’ils veulent, ce qu’ils appellent de leurs vœux et des urnes, c’est que leurs voisins aient moins.

 

Si « on » aide un pauvre, c’est forcément à eux, dans leurs poches, qu’ « on » l’a pris. Tout ce qui n’est pas pour eux est contre eux.

 

La valeur travail n’est reconnue que pour mieux fustiger le parasite, l’assisté, celui qui vole notre sacro-saint fric par le biais d’aides gouvernementales, CAF, Assedic, Sécu, ou les trois à la fois c’est selon.

 

C’est qui l’assisté ?

 

C’est l’étranger, le prolo, l’autre. Toujours une alloc d’avance celui-là.

 

L’autre, c’est celui qui dans le même bureau, gagne plus, tout en étant bien sûr, un glandeur, un parvenu, un crétin qui empêche votre génie d’être reconnu.

 

Ah, s’il n’y avait pas cet autre !

 

Celui qui part en voyage –sur votre dos, ou pire encore avec on ne sait quels moyens- Celui qui achète des choses chères et forcément vulgaires.

 

Ah, si l’autre pouvait vous ressembler.

 

Mais qu’on se rassure, l’autre vous ressemble : 20 % c’est peut-être 5 % de salauds mais sûrement 15 % de vrais cons.

Entretien d’embauche

D’abord vous êtes convoqué à un entretien d’embauche :

 

Vous avez envoyé votre C.V.

 

Vous pensez naïvement que la personne en face de vous l’a lu.

 

Vous vous pointez à l’heure (Chose vigoureusement recommandée par tous les spécialistes du recrutement) et évidemment sur votre 31.

 

« On » vous fera attendre ½ heure minimum. C’est qu’ « On » est très occupé, et qu’  « On » n’a pas le temps. Course folle de l’embaucheur dans les couloirs, quelques dossiers sous le bras (ça en impose ! ).

 

Quelques claquements de calcanéum plus tard, vous êtes reçu.

 

Vous redéclinez votre identité, âge, formation, pour quel poste vous êtes venu. Et vos motivations ? Parlez moi de vous (« Dis, c’est pour bosser pas pour épouser, alors lâche moi »).

 

Ah, vous avez des enfants, quel âge ? Les maladies infantiles, hum… c’est fait ? Qui les garde ? Profession du conjoint, où travaille-t-il ? (Dis c’est lui que t’embauche ou moi ?)

 

Cela fait combien de temps que vous habitez à cette adresse ?

 

Quelques questions indiscrètes plus loin, on passe au vif du sujet : LE POSTE ! !

 

« Au fait, vous avez mentionné dans votre CV (tiens, il a été lu celui-là ?) que vous aviez tenu un poste similaire dans la société MACHIN. Pourquoi l’avez-vous quittée ? »

(Dis, grand-père, tu lis la presse de temps en temps, t ‘es au courant qu’y a la CRISE ? ? ?

Licenciement économique, t’as déjà entendu causer ? ».)

 

Oui, mais pourquoi c’est VOUS qu’on a jetée ? ?

 

Doute et suspicion …

 

Description du poste, le gars prend la tête de celui qui va faire un super cadeau. Avec des mines acidulées, il vous décrit un poste d’une banalité de nougat en plein Montélimar, puis vous demande tout à trac :  « Vous sentez vous faite pour ce poste ? « 

 

(Dis donc, grand-père, ça fait deux ans que je rame au «  chômedu », si tu crois que j’ai fait tout ça dans le but
de passer le temps. Mes motivations ? 3 000 « balles » aux ASSEDIC,        9 000 chez toi, bien sûr que je le prends ce poste si tu me le donnes ? C’est que je mange moi ! !).

 

 

Le responsable du service G.R.H. vous parlera avec bonheur de la société qu’il représente (pour vous tout seul), de son expansion toujours FORMIDABLE,  (Vous imaginez l’effet d’une annonce ainsi rédigée :

 

« Société  au bord du dépôt de bilan, cherche de toute urgence Commercial de choc pour redresser la situation », de son chiffre d’affaire (toujours à la hausse), de la chance que vous avez d’avoir été retenue pour ce poste (vous et quelques autres dont il ne fera mention qu’au moment de vous quitter).

 

Dans le meilleur des cas, vous aurez un coup de fil 3 semaines plus tard pour vous informer que Monsieur TRUCMUCHE avec qui vous devriez travailler est désireux de vous rencontrer.

 

Bon, on y retourne.

 

Re-31, Re sourires à tous crins, Re attente. C’est que ce Monsieur a encore plus de travail que l’autre.

 

Poignée de main rapide, regard fuyant, il vous reçoit, mais bon…on a autre chose d’urgent à faire et faudrait voir à voir.

 

Re description du poste, majorée des exigences du Monsieur. Je veux que, la candidate retenue devra, ne devra pas. Etes-vous disponible ? C’est qu’ICI ? LES CHOSES ne fonctionnent pas comme ailleurs (Ailleurs j’en viens, et les choses fonctionnent pratiquement toujours de la même façon : Même foutoir, Mêmes petits chefs, Mêmes galères, Mêmes Hommes, Mêmes mentalités.)

 

Il est bien évident que les propos entre parenthèses sont ceux que vous vous faites en vous-même, en souriant niaisement aux propos que l’on vous assène.

 

Quelques jours plus tard, vous êtes ou n’êtes pas retenue. Dans le 2ème cas, cela se traduira par une lettre sèche qui vous rassurera sur vos capacités, mais vous informera que devant le nombre de candidates…

 

Vous êtes retenue. Vous allez donc enfin retrouver cette fierté qui consiste à répondre à vos contemporains   « « je bosse chez Machin : Je SUIS ».

Parce que c’est l’unique moment où vous risquez d’être pleinement satisfait de votre emploi.

 

En effet, une fois le « faut bien que je mange » satisfait, il faut travailler.

 

Le Poste ! !

 

Mais, ce n’est pas du tout ce qu’On m’avait décrit. Mais non, je ne parle pas Italien, mais non, je n’ai pas de formation comptable, mais…vous avez embauché qui ? ? ?

 

Ou alors, le poste ressemble vaguement à ce que l’on vous avait décrit, mais On a oublié de vous dire que vous êtes la 5ème personne en 3 mois qui le tient ; ou alors le Chef est un être imbuvable qui passe son andropause sur vous ; ou alors l’ambiance faux-cul est à son comble et vous n’avez pas fini d’alimenter les ragots de couloir (normal, vous venez d’arriver : « La pauvre, faut bien la former, elle sait rien rien rien, et avec tout ce que j’ai à faire, je n’ai pas le temps ». Entendez par là qu’elle ne raccourcira pas sa pause café, ni ses bavardages avec ses collègues).

 

Ou alors, le salaire dont on vous a parlé, est prévu pour les environs de 2010, mais cela n’est pas grave, ce qui compte c’est de se réaliser dans son travail.

 

Bref, quand on parle de d’adéquation des compétences et de la rémunération on est tenté de penser : « Et bien, on est peu de chose ».

 

De nos jours, et quelque soit l’entreprise, il y a une chose qui ne passe pas, une chose rédhibitoire : la ride. On vend des crèmes antirides, des crèmes anti-vieux. Mais si ces produits ont une certaine efficacité sur la peau ils ne peuvent rien pour le C.V….

 

 

Le Gigolo

LE GIGOLO

 

 

 

 

Dieu qu’elle m’énerve !

 

Elle est là, devant moi. Elle m’expose son problème du moment, quelque chose du genre : « Il se moque de moi, me gruge, me pompe le compte en banque, ne prétend pas aller bosser, que faire ? ».

 

Mais qu’elle m’énerve !

 

Voilà trois ans qu’ils s’aiment. Ah, les jours heureux !

 

Avant, il « assurait », il trouvait régulièrement des petits boulots, des trucs qui ramenaient du blé au moulin.

Maintenant, tel un mollusque, il passe sa vie à écouter de la musique, joint au bec, cul vissé au fauteuil. Prônant à qui veut bien entendre des discours fumeux sur sa liberté.

Musicien de génie (selon lui), il hait le show-biz et clame que tous ceux qui ont réussi sont des produits marketing. Que lui seul et peut-être ses semblables sont des gens intègres dignes d’être entendus.

Bref des tonnes de salive dépensées dans l’unique but de justifier son attitude parasitaire, car notre gigolo est un rebelle (mais oui, ma brave dame). Notre gigolo est un produit de la révolte, un vrai, un pur et dur, un gigolo qui s’exclame : « Je n’ai rien à me reprocher, elle le savait avant, je lui ai toujours dit que ma liberté était à ce prix ! ».

C’est vrai que pour qu’il se mette à travailler, il faudrait qu’il lui pousse deux bras supplémentaires, comme quoi, c’est pas gagné !

 

En attendant, il palabre. Contre tout ce qui n’est pas Lui, sa vie, son œuvre. Tu aimes ? Il déteste, tu n’as rien compris, tu t’es fait avoir.

 

Moins que sa compagne qui elle fait un nombre d’heures incroyables, se tape 140 km par jour pour ramener de l’argent et permettre à notre révolté de continuer sa quête de liberté. Elle, elle a la tête farcie d’agios dus aux découverts que le Monsieur provoque. Elle rentre le soir, harassée par une journée trop remplie de problèmes, de courses folles contre la montre, de responsabilités écrasantes. Tout ce dont il ne veut pas entendre parler. Il ne veut pas les vivre même par procuration. « Tes problèmes ne doivent pas empiéter sur notre couple, entacher notre belle histoire d’amour ». (Chacun sa merde en sous-entendu dans le texte).

 

Aussi, le soir venu, rentre-t-elle sagement dans ce superbe 150 m² qu’ils occupent et dont elle paie le loyer, prépare-t-elle le repas qu’ils mangeront tous les deux mais dont il n’a pas eu le temps ni le courage de s’occuper, ne dit pas un mot sur ce qui l’angoisse au point de voir se poindre un début d’ulcère, puis va se coucher crevée et seule puisque lui, l’homme libre met le cap sur télé jusqu’à pas d’heure. Demain, elle se lèvera seule, en silence pour ne pas réveiller notre révolté abruti par le prêt à penser quotidien. Puis, elle partira bosser pour la retraite, la sécu, la sécurité du quotidien, pour s’affirmer et j’allais oublier : Pour sauver l’Homme de toute chaîne, de toute entrave.

 

Il a le regard obtus, le discours dur, une vision intéressante de sa réalité. Lui n’a besoin de rien pour vivre. Avant, il
vivait avec très peu. Il n’a pas besoin d’argent, cette vie confortable c’est elle qui l’a voulue, qu’elle assume donc !

 

 

Très peu ce n’est pas rien bonhomme. Maintenant si tu le veux on peut faire les comptes.

Prix du loyer, de la bouffe (tu avales deux gros morceaux de viande par repas), des fringues, du tabac (deux paquets de clopes au quotidien), prix de l’herbe pour tes joints, de ton essence (pour la voiture qu’elle a payée, tu te souviens c’était nécessaire pour aller travailler), des assurances, eau, gaz, électricité (ta zizique), de tes CD (indispensables à ton équilibre d’homme libre), de tes vacances (l’homme libre a besoin d’horizons nouveaux), du ciné (l’homme libre a besoin d’alimenter son esprit pour nourrir la controverse), de l’alcool (peut-être pour que l’homme libre oublie qu’il n’est qu’un esclavagiste ?), et j’en passe…

 

Alors, ma belle écoute ce conseil : Ou tu l’uses comme tu l’as, ou t’en changes mais au nom de tous nos combats féministes, au nom des droits de l’homme et de la dignité humaine réfléchis et fait donc un lâcher de coccinelles dans le salon, sois tranquille tu en seras débarrassée. Ces jolies bestioles bouffent les larves !

 

Ah, tu ne peux pas. Les jours heureux, ces trois ans de bonheur… tout cela a raison de ta dignité, de ton sens du bonheur, tu l’aimes et bien sûr lorsque tu mets en balance le positif et le négatif, c’est forcément le premier qui l’emporte. Petit passage à vide que tu crois passager. Alors tu vas subir, subir et subir encore.

 

Mais qu’elle m’énerve !…